Pour celles et ceux qui doutaient encore que Ni Putes Ni Soumises n’était pas une association féministe mais la vitrine (pseudo) féministe d’un État raciste, la preuve vient d’en être (encore) faite. Le 27 octobre, un communiqué d’Eric Besson, transfuge du PS, devenu Ministre de l’immigration, de l’intégration et de l’identité nationale annonce la signature d’un contrat avec la nouvelle présidente de NPNS, Sihem Habchi successeuse de Fadela Amara, autre transfuge du PS, qui avait rejoint le gouvernement de N. Sarkozy en 2007 en tant que secrétaire d’État chargée de la Politique de la Ville. 80 000 € pour « promouvoir la laïcité et l’égalité entre les hommes et les femmes auprès de l’ensemble du public, et en particulier des personnes issues de l’immigration, dans les quartiers les plus sensibles. »
On aime bien le « et en particulier ». Parce que « en particulier », ça veut dire « surtout ». Ça veut dire, pour Besson, que le sexisme et le machisme se concentrent là où il y a une concentration de garçons et d’hommes arabes, musulmans, immigrés ou « descendants de », de non-communautaires. Comment ne pas voir là une entreprise d’État qui veut promouvoir l’idée que le sexisme est affaire de « zone », de « populations particulières », d’origine, de culture et de religion et non une affaire structurelle qui touche TOUS les milieux sociaux et culturels ? Parler d’égalité en ces termes c’est refuser de s’attaquer à un système d’oppression qui ne se confine pas aux périphéries des grandes villes, loin de là, car l’inégalité hommes/femmes se joue aussi dans l’éducation, la culture, au travail, dans les entreprises, à l’Assemblée, dans les partis, les syndicats. C’est refuser de dire que le sexisme « est surtout et en particulier » PARTOUT. C’est faire oublier que l’inégalité est accentuée par toutes les régressions sociales qu’orchestre le gouvernement auquel appartient M. Besson.
Mais s’il fallait vraiment lutter contre le sexisme auprès de « l’ensemble du public », 80000 € ce ne serait vraiment pas beaucoup, vu le travail qu’il reste(rait) à faire. Et c’est vraiment très très peu par rapport à ce qui est dépensé par le même ministère pour les reconduites à la frontière en 2009 : 20 000 € par reconduite en moyenne. Comme quoi … toutes les luttes ne se valent pas. En revanche, pour l’asso prestataire de service, qui a pourtant pu se targuer en 2005 d’un budget annuel largement dû à des subventions publiques de 500000 € (pour 1000 membres, fabuleux !), 80 000 € c’est pas mal, mais ça sent fort le clientélisme. La mission qu’on lui donne colle parfaitement avec le descriptif de ce qu’elle se proposait de faire la veille même de la signature du contrat. Et précisément, en demandant qu’on y mette de nouveaux moyens.... Conflit d’intérêt ou coup de bol ? A noter qu’on avait pas vu passer l’appel d’offre...
Quinze ambassadrices sont missionnées par le Ministère de l’immigration et de l’identité nationale pour, dit le communiqué, lutter contre les « pratiques qui visent à les exclure de notre espace social ». Après une loi dont l’effet est d’exclure certaines femmes de l’espace public, et qui a été soutenue par l’association et sa présidente jusque devant la commission parlementaire - c’est d’ailleurs à cette occasion qu’elle avait oté sa veste pour montrer qu’elle n’avait pas honte de montrer son corps, elle ... pour la retourner quelques mois plus tard, auprès de M. Besson - l’enchaînement est saisissant.
Alors, les ambassadrices iront-elles « transmettre un message » ou « représenter la France » en ces terres étrangères que sont ces « quartiers sensibles » ? S’agit-il ici vraiment pour Besson d’une question « d’égalité hommes/femmes » ou de « promotion de l’identité nationale » ? Car les débats autour du voile et du niqab ont montré à l’excès que, pour beaucoup, le féminisme était promu comme une « valeur » définissant « l’identité nationale de la France ». Les « étrangèr-es », ou tout ceux et celles identifié-e-s comme tel-le-s, sont par conséquents, dans cette perspective, sexistes ou anti-féministes. C’est le cas tout particulièrement des « voileurs » et voilées que le ministère doit faire « éduquer » pour les « intégrer ». On n’est pas loin d’y voir une mission civilisatrice en milieu hostile.
Et voilà en quels termes on entre dans la phase dite de « médiation », « de pédagogie » de la loi anti-niqab, promulguée le 11 octobre dernier, et applicable au printemps 2011. Or, on connait bien maintenant ce qu’expliquer veut dire dans ces cas là. La même disposition avait été mise en place pour les jeunes filles voilées à l’école. La médiation consistait à convoquer les élèves dans un bureau pour les sommer de se découvrir ou se soumettre à un conseil de discipline qui mènerait à leur exclusion de l’établissement. Il est fort à parier que les ambassadrices de Besson ne seront pas plus pédagogues et iront seulement expliquer, dans une de leur « réunion d’appartement » - selon leur propre expression - les termes de la répression à venir : pour les contrevenantes ce sera 150€ d’amende et/ou un stage de citoyenneté, pour les personnes qui auront imposé aux femmes de se voiler : un an de prison et 30000€ d’amende.
Qu’y a-t-il de féministe, d’émancipateur dans cette mission ? Que sont ces organisations dites « féministes » qui acceptent ordres, objectifs et financements du pouvoir et acceptent les récompenses offertes par la main du maître pour loyaux services rendus à sa cause ? Outre NPNS, qui reçoit l’argent, 3 organisations sont citées et soutenues pour défendre et diffuser les « valeurs de la République » dans ses territoires tenus par des « exciseurs », « polygames » et autres « intégristes de l’inégalité hommes/ femmes ». Toutes ont été auditionnées en juillet 2009 par la commission parlementaire présidée par André Gérin. Regards de femmes. Sa présidente, Michèle Vianès, est marraine de NPNS et proche de Riposte Laïque - extension de la revue Respublica notoirement, car très explicitement, islamophobe. Elle fut tête de liste de Debout la République pour Nicolas Dupont Aignan dans la Région Lyon-Marseille. Elle a été décorée de la Légion d’Honneur par Fadela Amara le 09/10/09. Ligue internationale du droit des femmes. Sa présidente, Annie Sugier, elle aussi proche de Riposte Laïque, est capable d’applaudir Eric Zemmour (sauf tout de même pour son livre sexiste Le Premier Sexe) pour son courage de dire « certaines vérités » et de défendre l’action « apéro saucisson pinard » à La Goutte d’Or, comme de fustiger la couardise du Préfet pour l’avoir interdite. Elle a été décorée de la légion d’honneur par Nicolas Sarkozy, aussi en octobre 2009. Vive les femmes. Sa présidente, Alice Benhammou-Panetta, était candidate radicale sur la liste UMP aux municipales dans le XIVème arrondissement en 2008. Nommée au grade de chevalier dans l’ordre de la Légion d’honneur en juillet dernier. Aux femmes serviles, la République reconnaissante !
En revanche, le Collectif Féministe pour l’Egalité, également auditionné, n’a suscité ni applaudissements, ni gratitude, ni reconnaissance de la part des membres de la Commission, contrairement à Sihem Habchi. Leurs représentantes ont même été traitées avec condescendance extrême et leur propos systématiquement mis en cause. Sans doute parce qu’elles n’ont pas fait appel à l’émotion, n’ont pas imploré l’aide de la République contre les « grands frères ». Sans doute parce qu’elles ont remis en cause le bien fondé d’une loi qui réprime celles qu’elle prétend émanciper. Sans doute parce qu’elles sont engagées contre des lois qui restreignent les libertés et qu’elles luttent contre l’instrumentalisation politique et médiatique de la cause des femmes. Ce que d’autres font décidément sans vergogne.
Une telle compromission/collaboration avec le pouvoir de la part de NPNS et notamment avec un ministère paternaliste et répressif qui promeut la xénophobie, qui enferme dans des zones de non-droits - bien réelles, elles - que sont les centres de rétention, qui au mépris des droits humains pourchasse les Roms, use et abuse de l’argent public pour reconduire hors de nos frontières hommes, femmes et enfants vers une vie incertaine, est tout simplement écœurant et nuit en tous points à la cause féministe et anti-raciste.


