Allonger la durée de cotisation ou repousser l’âge légal de la retraite, c’est baisser les pensions pour tout le monde ou faire travailler tout le monde plus longtemps. Mais nous sommes loin d’être touTEs à égalité dans le travail, donc cette réforme est encore plus injuste pour certaines que pour d’autres.
Globalement, les femmes ont de plus faibles retraites que les hommes parce qu’elles gagnent moins et ont une carrière plus chaotique, parce qu’elles assument encore une grande partie des tâches domestiques et le soin des enfants (travail gratuit et non reconnu), parce qu’elles subissent un temps partiel imposé dans 80% des cas … elles cumulent alors moins d’annuités pour espérer avoir droit à une retraite à taux plein.
- L’écart de rémunération globale entre hommes et femmes est de 27%, et à qualification égale et secteur d’activité identique, elle est de 7%. (Insee, 2006)
- Quel que soit le diplôme, les femmes sont toujours plus touchées par le chômage que les hommes (Insee, 2008)
- De 50 à 59 ans, 29 % des femmes sont à temps partiel (contre 5% des hommes). (IRES n°110)
- De 55 à 64 ans : 46,6 % se sont retrouvées au chômage (contre 19,1% des hommes). (IRES n°110)
- 137 trimestres validés en moyenne par les femmes (soit 34,25 ans) contre 157 pour les hommes (soit 39,25 ans).
- Seules 44% des femmes ont une carrière complète, contre 86% des hommes.
- La durée de cotisation est de 42,25 ans pour les hommes et de 29,75 ans pour les femmes. (Insee, 2004)
- En moyenne, la retraite des femmes s’élevait en 2007 à 825 € contre 1426 € pour les hommes, y compris complémentaire et réversion pour les veufs et les veuves. (Ministère de la santé, DRESS, 2008)
- Les pensions de droit direct des femmes sont à 44% inférieures à celles des hommes (OFCE, 2009) Certaines sont faiblement compensées par les pensions de réversion et certains avantages familiaux (Assurance vieillesse pour parent au foyer, majoration de durée pour enfants…) Mais que deviennent les femmes seules sans enfants, célibataires, divorcées, lesbiennes, pacsées, non mariées ?
Que deviennent les femmes immigrées dont le statut dépend souvent de celui du mari pour accéder à un titre de séjour, être déclarée et cotiser ? Les femmes immigrées sont doublement pénalisées, à la fois en tant que femmes et en tant qu’immigrées, elles sont souvent contraintes de travailler sans être déclarées, sont sur-représentées dans les services aux particuliers (ménage, garde d’enfants, aides aux personnes âgées). Mal payées, isolées, elles sont souvent non syndiquées et non reconnues. Lorsqu’elles travaillent à temps partiel, elles gagnent en moyenne 683 €. A temps plein, elles gagnent 1259 € contre respectivement 1653 € pour les hommes non immigrés et 1430 € pour les femmes non immigrées travaillant à temps plein. (Insee, 2003)
Ces inégalités dans le travail se prolongent à l’âge de la retraite et plus lourdement pour les femmes qui subissent donc une double, voire une triple discrimination. Précariser encore plus les femmes, c’est dégrader leurs conditions de vie, accroître leur risque de dépendance, limiter leur autonomie, mettre en danger leur santé, en général, mais également lorsqu’elles vivent et dépendent d’un compagnon violent, car les violences faites aux femmes touche aussi les femmes âgées.
La réforme des retraites est une attaque supplémentaire faite aux acquis sociaux et aux services publics (éducation, santé, transport, aides sociales, logement...). Pensons à notre futur mais rappelons nous également que dans tous les pays où la protection sociale est faible, voire inexistante, c’est encore et toujours sur les femmes que repose la charge de s’occuper des plus fragiles (le fameux "care") : enfants, personnes âgées, malades...


